
Après plus de 15 ans de guerre civile dominée par le confessionnalisme armé, les libanais ont trouvé en 1989 un accord dit « Accord de Taëf » signé en la ville de Taëf en Arabie Saoudite entre les protagonistes. Cet accord n'était en fait qu'une mise à jour du pacte constitutionnel de 1943 instituant l'équilibre et le partage du pouvoir entre les principales confessions libanaises. Les évènements qui ont suivit la signature de cet accord, à commencer par l'affaire et l'exil du général Aoun en octobre 1990 et ses suites et jusqu'à la guerre de juillet 2006, démontrent avec force que cet accord n'était en fait qu'un document de sortie de la guerre civile et n'est en rien un socle pour reconstruire « un Liban nouveau ». L'accord de Taif n'est qu'une passerelle pour la mise en place, une fois réglées les séquelles de la guerre civile y compris la présence des armées étrangères, de nouvelles bases plus solides d'une réelle participation plus équitable de toutes les composantes confessionnelles et politique du peuple libanais.
Tous les points de l'ordre du jour des réunions de Doha entre les dirigeants libanais, reviennent à dire que l'accord de Taëf est arrivé à son terme. Il a débouché sur une question simple: quel nouvel équilibre de pouvoir garantissant une vision commune aux composantes de la société libanaise, un Etat pour tous les libanais, une immunité contre les interventions et interférences étrangères et l'épanouissement de l'identité libanaise?
La réponse n'est pas évidente.
Parce que cela suppose l'élection d'un président de la République par un parlement dont des députés posent des conditions pour procéder à cette élection. Cela suppose aussi une meilleure représentation des composantes de la société libanaise à tous les niveaux de la décision. Cela suppose enfin que ceux qui se sont investi unilatéralement des prérogatives de l'Etat y compris celles de décider de la paix et de la guerre, acceptent de se référer à une seule autorité de tous les libanais.
Lors des derniers affrontements armés, chacune des composantes libanaises – et sans exception - s'est révélée disposer de moyens plus au moins importants d'un Etat autonome: armes, services de renseignements et de communications, commandements et troupes, moyens de transports etc. Le gouvernement libanais s'est trouvé pour sa part et malgré le fait de représenter une majorité parlementaire, confondu avec les composantes en conflit perdant ainsi son rôle d'arbitre et son autorité de représentant de l'ordre public et l'intérêt général du pays. Seule l'armée libanaise est restée à égale distance des différents protagonistes, maintenant tant bien que mal, une institution d'un Etat de tous les libanais en cours de décomposition. Mais pour combine de temps l'armée pourra tenir cette position.
Cette situation est aussi propice à la multiplication des règlements de comptes sur le territoire libanais, des conflits régionaux et des frustrations communautaires. Les dernières tensions entre saoudiens et iraniens concernant la crise libanaise, est la preuve la plus visible d'un nombre assez important de conflits régionaux et extrarégionaux qui se déroulent par libanais interposés.
Le Proche et Moyen Orient s'est transformé à la fin des deux mandats du Président américain Georges W. Bush, en une grappe de petits conflits armés, crises, nids de violence et de troubles. Cette multitudes de petites guerres et conflits, a remplacé le conflit israélo-arabe et israélo-palestinien sans pour autant déboucher sur un Etat palestinien ou une paix juste et durable.
Sans une réponse solide et durable aux problèmes posés aux libanais, la crise – ou les guerres – du Liban, risque de n'être que l'une de ces petites guerres du Proche-Orient destinées à durer le plus longtemps possible. Et dans ce cas, le Liban sera menacé de l'une des deux options les plus probables: au pire, une implosion sans perspectives ou au mieux un fédéralisme confessionnel.Sellami HOSNI
Article publié le 19/05/2008 Dernière mise à jour le 20/05/2008 12:42 TU